Saturday, March 17, 2012

L'Illustration, No. 3672, 12 Juillet 1913, by Various - Full Text

L'Illustration, No. 3672, 12 Juillet 1913


Ce numéro contient:
1° LA PETITE ILLUSTRATION, Série-Roman n° 8: Un Roman de Théâtre, de M. Michel Provins;
Un Supplément économique et financier de deux pages.



UN SIXIÈME PEUPLE: EN ARMES DANS LES BALKANS Le prince héritier Ferdinand de Roumanie, généralissime des armées roumaines mobilisées. Phot. C.-G. Basiliade.

LA PETITE ILLUSTRATION

Le numéro du 19 juillet contiendra
La Rue du Sentier,
comédie en quatre actes de
Pierre Decourcelle et André Maurel.
Dans le numéro du 26 juillet paraîtra la dernière partie de l'oeuvre de Michel Provins:
Un Roman de Théâtre.
Pendant les mois d'août, septembre et octobre nous publierons deux autres grands romans:
Le Démon de midi, par
Paul Bourget, de l'Académie française;
La Voix qui s'est tue, par
Gaston Rageot.


COURRIER DE PARIS


LES OUVRIERS DANS LA MAISON


Pourquoi donc, suis-je content ce matin. D'où sort ce je ne sais quoi d'inattendu, de vif et d'apaisé que je remarque en moi? Je cherche, sans inquiétude. Je me tâte en dedans. Puis, n'ayant rien senti ni vu de ce côté, je regarde à l'extérieur, j'écoute... Il fait beau, le ciel est lumineux, tout rayonne... Mais ce n'est pourtant pas cela seul qui m'éveille et me satisfait... Et voilà qu'après une minute d'attente et d'observation, le bruit, pas très éloigné, d'un marteau, vers la buanderie, frappe mon oreille. En même temps m'arrive à toute vitesse, du fond de la cour, le cri blanc de la pierre grattée, comme martyrisée,... et presque aussitôt, de la bouche d'une fenêtre voisine, grande ouverte, s'échappe et se dandine à, travers l'espace l'air à pampilles du Toréador...

J'ai compris maintenant pourquoi j'étais ce matin, sans en découvrir tout de suite la cause, heureux de vivre, et «de me trouver là». J'ai reconnu, sans les voir, le menuisier, le maçon et le peintre. Il y a des ouvriers dans la maison.

*
* *

Ne souriez pas. Ne vous écartez pas d'être de mon avis. Donnez-moi le temps de m'expliquer, de vous développer ma sensation si gentille avant d'en extraire un peu de sentiment.

Il y a deux sortes d'ouvriers: ceux de la ville et ceux de la campagne. Les premiers, sauf exception, sont presque tous un sujet d'effroi. Dire à Paris: «J'ai des ouvriers à la maison» équivaut à constater, en la déplorant, une irrémédiable catastrophe. Tandis qu'au contraire, ici, aux champs, penser: «J'ai des ouvriers à la maison», ne déclanche qu'une impression agréable, gaie, plutôt ravigotante. Pourquoi? C'est qu'ils n'offrent entre eux aucune ressemblance, et qu'autant les premiers font peur, autant les seconds rassurent. Entendons-nous bien toutefois. Les ouvriers que je veux dire et pour lesquels je plaide une cause déjà gagnée ne sont pas ces hommes quelconques, verra on ne sait d'où, ramassés au hasard de l'embauchage et fournissant en quelque sorte un travail impersonnel et anonyme... non, les ouvriers que j'aime et que j'estime, que je désigne à la considération et à la sympathie; sont les ouvriers du pays, connus réputés, dont le nom est familier, mieux que des régionaux, ceux de la ville, du village, du lieu même, d'en face, les ouvriers d'un caractère natal, qui n'ont jamais bougé de l'endroit où ils opèrent depuis leur jeunesse, où ils ont appris le peu, le peu qui est immense, et qu'ils savent. Parlez-moi de ceux-là... Ils sont des types traditionnels, des exemplaires parfaits d'artisans provinciaux, des modèles accomplis de travailleurs français, perpétuant avec simplicité, conscience et dignité, l'exercice du métier qui est le leur, à la place même où les a situés leur naissance et les a préparés l'existence toute pareille de leurs pères et de leurs grands-pères qu'ils ne font, manuellement et socialement, que continuer.

*
* *

En voici trois, que j'emploie depuis des années, et qui sont la preuve vivante de mon affirmation.

Le menuisier. Solide, équilibré, râblé, bien portant, paisible et robuste, attentif et réfléchi, parlant peu, écoutant beaucoup, plutôt sérieux et d'apparence timide, c'est un homme qui possède à fond tout ce qui concerne sa partie. Ebéniste aussi, charpentier au besoin, il connaît le bois et il en fait ce qu'il veut. D'une égalité d'humeur et de labeur que rien n'entame il apporte à toutes les différentes besognes, simples ou compliquées, la même somme d'effort tranquille et continu. Il n'a jamais l'air de se fatiguer ni de s'ennuyer. Il ignore l'impatience et la nervosité. Il est aussi régulier qu'une mécanique et il n'en fournit pas l'ouvrage morne et insignifiant. Il met dans son travail, il y fait passer l'expression de son désir et de sa volonté, ce rien qui attache aux choses un peu de personnalité et par quoi le résultat, au lieu d'être fade et froid, garde et montre une moitié de l'intelligence et de la peine qu'il a coûtées.

Et le maçon n'est pas moins intéressant, moins digne d'être pris comme exemple. Mince et vif, alerte, avec des yeux d'oiseau, blond brûlé, musclé, souple et dégourdi en tout, il a l'air fantassin, gymnaste et chasseur à pied. On le sent rompu aux exercices du corps. Il suffit de le voir marcher et faire dix pas, l'allure dégagée, le rein bien balancé, pour imaginer comme il se trouve à son aise sur la planche élastique d'un échafaudage. Il manie ainsi qu'un joujou une échelle de 8 mètres et porte une lourde pierre sur son épaule droite aussi aisément qu'un petit paquet. Vous pouvez vous fier à lui pour ce qui rentre dans son état. Il a du coup d'oeil et de la main, et bien qu'il ait recours, aussi souvent qu'il le faut, au compas, à l'équerre et au fil à plomb, il pourrait à la rigueur s'en passer. Il travaille pendant des heures, au plein soleil du mois d'août, par 40 degrés, sans mouiller sa chemise, car il est sec et pointu comme une pioche. Il a l'endurance sobre et tenace, toutes les qualités d'un petit soldat d'Afrique. Il est toujours en train, toujours d'attaque, et son ouvrage est sans reproche.

Avec le peintre je me trouve aussi, tout de suite, en assurance de sympathie. Très grand, les cheveux longs et noirs, grave de regard et de manières, il a dans la silhouette quelque chose de romantique, cet indéfinissable cachet qui signe l'artiste. Il pourrait arborer un feutre. La fréquentation des couleurs, l'habitude d'observer les tons, de chercher la nuance, d'admirer et d'étudier les tableaux, d'en faire aussi soi-même, à ses loisirs, et d'un sentiment très juste, tout cela crée chez le peintre une atmosphère intellectuelle particulière. Il est évident que le ciel rentre plus dans ses ordinaires préoccupations que dans celles du menuisier et du maçon. Il travaille avec le secours et l'enorgueillissement de la lumière. Tout en faisant «chanter» les murs et les plafonds dont il étend les couches, avec le geste de la caresse, il se laisse aller à chanter lui-même par un besoin naturel... c'est sa façon de rêver et de mettre de la mélodie dans son travail, qui ne réclame pas, comme celui du toucheur de pierre et de bois, une exacte et sévère contiguïté. Il est pour ainsi dire impossible «d'envoyer» Carmen en taillant à coups de ciseau un bloc de granit ou en montant une armoire lingère de chêne plein.

*
* *

Tels quels, et si sommairement que je vous les aie esquissés, vous ne pouvez vous faire une idée de ce dont, à eux trois, sont capables ces fins ouvriers, en prenant le mot, dont ils n'ont pas l'étroitesse de rougir, dans sa plus haute et favorable expression, dans son sens générique, ainsi qu'on l'entendait au dix-septième siècle et que l'employait La Bruyère. Ouvrier: celui qui fait un ouvrage, une chose réussie, «une petite oeuvre» de ses mains et de son intelligence, parfaitement adaptée à sa destination.

Aussi, est-ce un plaisir véritable que de s'approcher de leur travail et de s'y mêler, ne serait-ce que par la cordialité muette de la présence. Regarder travailler les ouvriers... Dès le jeune âge on y prend goût, par instinct, sans se rendre compte encore, des difficultés et du mérite dont on est le spectateur ignorant. Mais plus tard, quand on sait, que l'on apprécie... peu de distractions sont à ce point amusantes et soutenues. Qui de nous, maintes fois, n'est resté longtemps à côté d'un de ces braves gens qui faisait sa besogne et allait son train sans s'occuper du monde, comme s'il était tout seul?... Et cependant il ne peut jamais arriver à oublier totalement que nous sommes là. Notre curiosité, notre intérêt lui sont le plus efficace des stimulants. Il s'applique donc et se surpasse. On est émerveillé de suivre le manège de ses mains, aptes à tant de choses, de ses doigts épais et forts, d'une adresse et d'une habileté auxquelles semblait s'opposer leur grosseur, et qui savent se plier aux plus délicates exigences. De cet humble et de ce modeste on apprend mille petits secrets, et aussi la lenteur obstinée, la patience animale, l'inusable esprit de suite. Ce temps que nous croyons perdre en flânant auprès de lui, nous le gagnons. Paresse laborieuse et féconde. Nous retirons de notre récréation le plus instructif des divertissements. Nous prenons une leçon de choses incessante, toujours neuve. Le travail de l'ouvrier joue pour nous le rôle d'un reconstituant moral, et quand nous l'avons bien observé, que nous avons bien regardé comment il fait, c'est d'un coeur plus battant et avec meilleur entrain que nous allons à notre tour travailler,--sans qu'il nous regarde. Mais cependant il ne reste pas, même à distance, absolument éloigné de notre effort. Dans un arrêt de l'esprit, à une brève suspension de séance, entre deux idées ou deux mots, le rabot qui ronfle... la pierre taquinée, la voix heureuse du ténor, invisible «rossignol des murailles», viennent à titre d'encouragement nous rappeler çà et là qu'il y a des ouvriers... des ouvriers dans la maison.

Et pas beaucoup... deux ou trois seulement. La bonne mesure pour bricoler. Davantage serait trop.
Henri Lavedan.

(Reproduction et traduction réservées.)



L'IMPOSSIBLE AMITIÉ


Dans un jardin proche des bois, dans un jardin
Où l'on aurait, avec les biches et les daims,
Des conversations quelquefois familières,
Dans un jardin sentant le buis, le thym, le lierre,
La mûre, le sureau, le gland et le marron,
Dans un tiède jardin où les doux pommiers ronds
Auraient encor du gui lorsqu'ils n'ont plus de pommes,
Je voudrais n'être rien près de toi qu'un jeune homme:
Je voudrais être ton ami. Dans des sentiers,
Nous irions, sous un ciel bleu comme l'amitié.
On entendrait au loin le hennissement tendre
D'un arabe attaché qui ne veut plus attendre
Et qui s'impatiente en frappant du sabot.
Il y aurait de l'or dans l'air. Il ferait beau.
Le soleil, sur le sol, mettrait de claires taches;
Sur les bancs, on verrait des journaux, des cravaches,
Des romans jaune pâle et des gants de chamois.
Nous oublierions l'heure du jour, le jour du mois,
Ne connaissant Avril que par les violettes.
Nous fumerions tous deux de blondes cigarettes.
J'aurais une cravate noire, un gilet clair.
Parfois, je te dirais: «Un peu de feu, mon cher!»
Ou bien: «Raconte-moi les yeux de ta maîtresse!»
Et ce seraient, alors, dans la chaude paresse
Des longs jours, où dans l'or calme de leur déclin.
De ces propos mystérieux et masculins
Que nous ne connaîtrons jamais, nous autres femmes!
Peut-être du dandysme et peut-être de l'âme,
Lèvre qui rit encor quand le coeur faiblissait,
Un peu Stendhal, un peu Byron, un peu Musset:
On parle; on est profond, subtil, terrible, tendre...
Et d'une chiquenaude on fait tomber la cendre
Qui par miracle tient au petit bout de feu!
Je serais ton ami. Nous serions là tous deux
Et nous nous dirions tout, sans crainte et sans mélange:
Comment le désir vient, comment le désir change,
Et qu'il est plus fatal, féroce et frémissant,
Que l'oiseau vert qui happe une mouche en passant;
Qu'il suit l'odeur d'un nom, la chanson d'une étoffe...
Et nous agiterions des mots de philosophe,
Comme des sons de cloche, entre nos souvenirs;
Et nous nous griserions des printemps à venir
En sculptant des secrets sur l'écorce des hêtres.
Parfois, tu suspendrais quelque brûlante lettre
Sous l'aile d'un pigeon qui saurait voyager:
Et chacun de nos jours, transparent et léger.
Comme un baguenaudier se couvrirait de bulles.
Ainsi que dans un frais distique de Tibulle,
Je te souhaiterais des vergers pleins de fruits,
Des jours pleins de douceur et de plus douces nuits;
Car du libre cerveau qu'enferme ton front lisse
Autant que la grandeur j'aimerais le délice.
Je voudrais que le monde eût ton coeur pour appui
Que l'heureuse Fortune, au bord clair de ton puits,
S'accoudât pour cent ans à côté de sa roue!
Que, fendant ton lac bleu de sa fragile proue,
L'espoir, vers toi, toujours, fût un bateau qui vient!
Que le plaisir dormît sous tes pieds comme un chien!
Que les plafonds pour toi retrouvassent des roses!
Je te voudrais parmi des ciels d'apothéose.
Je te voudrais tranquille et triomphant parmi
La lumière et l'amour. Je serais ton ami.
Je t'aimerais sans cris, sans nerfs, sans jalousie.
Si quelque femme était belle en Andalousie,
Je te dirais: «Partons! tu la verras demain!»
Si tu disais: «Je veux avoir sous ce jasmin
Une table, une grande chaise qu'on balance,
Du tabac, du printemps, un livre et du silence...»,
Tendre, je m'en irais sans rien te demander.
Comme sur un drap vert on jette un coup de dés,
Je jetterais mon âme aux gazons de ta route.
Je t'aimerais sans pleurs, sans misères, sans doutes;
Mon rêve comprendrait ton rêve à demi-mot;
Et si ton rêve, un soir, voulait monter plus haut,
Parmi des ciels gonflés de nuages de cuivre
Où mon rêve, ébloui, ne pourrait plus le suivre,
D'un coeur tout embaumé d'altruisme hautain
Je saurais en toi-même adorer ton destin
Et t'aimer, même au prix de mon propre désastre.
Pour le palpitement unique de ton astre!
*
* *
... Je serais ton ami. Je te dirais: «Vois donc
Quels grands cils ont ces yeux baissés! Quel abandon
A cette fin de jour qui sur le soir s'attarde! »
Je serais ton ami. Je te dirais: «Regarde
Quelle petite main vers la tienne se tend!
Considère comment la vapeur de l'étang
A su désordonner le fond du paysage!
Admire ce jardin! Respire ce visage!
Ne passe pas si vite! attends! l'air est si bleu
Qu'il a bien mérité qu'on le lui dise un peu!
Arrête un peu ta vie au tournant de ce rêve!
Tout cela, cet instant si long, cette heure brève,
C'est pour toi! Prends ce ciel divin! Prends la pâleur
Qui couvre en même temps ce front et cette fleur.
Veux-tu ces fruits? ces mots? ce danger? ce mystère?
Quoi encore?... On n'est pas assez longtemps sur terre
Pour priver celui-là que l'on aime le mieux.
Prends du bonheur avec ta bouche, avec tes yeux,
Prends la vie! Ah! je veux qu'elle te soit charmante!
Prends-la toute! prends-la!...» Mais je suis ton amante,
Et tu dois me mentir, et moi te tourmenter!
Et lorsque je te tends un baiser velouté,
J'ai quelquefois le coeur d'une bête de proie!
Car je veux tout te prendre: et les instants de joie,
Et les sourires lourds, et les rires légers!
Je ne désire ton bonheur qu'autant que j'ai
Bien vu qu'il suit la courbe exacte de ma lèvre!
Autour de toi, je rôde avec des yeux de fièvre.
Et, devant toi, je vais, écartant de la main
La branche qui charmait un peu trop le chemin.
Lorsqu'un chant, au lointain, s'éloignant sans secousse,
Semble mettre à la nuit une pédale douce,
Et qu'il prétend traîner tous les cours après lui,
J'écoute avec horreur la douceur de la nuit!
L'hiver, lorsque tu sors, j'interroge la neige.
Lorsque tu parais gai, je t'entoure de pièges.
Lorsque tu t'assombris, j'exige des serments.
Et lorsque tu les fais je jure que tu mens!
Et je soupçonne tout: la brume en ses écharpes,
Et la brise d'été qui, renversant sa harpe,
S'en fait un bateau d'or pour mieux traverser l'eau!
Et soupçonne la Lune et ce pâle halo
Qui se forme en lumière et qui répand le trouble!
Et je vais supplier chaque jacinthe double
De ne pas se mêler au prime acacia!
J'ai peur de cet air bleu dans lequel il y a
Trop d'arbres qui sont verts, trop de rieurs qui sont roses!
Redoutant les effets, je tremble aussi des causes.
Je ne veux pas qu'en toi glisse tout ce printemps
Qui notas fait la main moite avec les yeux flottants.
Je ne peux pas souffrir que les saisons te touchent,
Ni que le miel d'une heure ait fondu sur ta bouche;
Je ne peux pas souffrir qu'un grand soir enchanté
Te passe au cou des bras qui sont des roses thé;
Et je vais, arrêtant tes rêves dans leur course;
Et je vais, apportant au bord de chaque source
Où ton désir, comme un pied d'oiseau se posa,
Le lamentable coeur dont parle Spinoza!
Je crains tout ce qui rit, j'éteins tout ce qui dore;
Bref, je suis, avec toi, avec toi que j'adore,
Avec toi dont je meurs, presque comme serait
Quelqu'un, ô mon amour, qui te détesterait!

ROSEMONDE GÉRARD.




Théâtre de la lutte serbo-bulgare et gréco-bulgare. Les
grisés limitent les régions où se sont localisées, jusqu'au 9 juillet, les opérations.

LA SECONDE GUERRE DES BALKANS


LES OPÉRATIONS EN MACÉDOINE


La guerre maintenant déclarée, officielle, toutes relations diplomatiques rompues, se poursuit, acharnée, en Macédoine, entre les alliés d'hier, avec, depuis une semaine, un avantage nettement marqué pour les Serbes et les Grecs contre les Bulgares que menacent, d'autre part, au nord de leurs frontières, les forces hâtivement mobilisées de la Roumanie et, au sud-est de leurs conquêtes de Thrace, l'armée turque prête à sortir des lignes de Tchataldja.

Nous avons dit, dans notre dernier numéro, quelle était la situation stratégique et l'importance numérique des adversaires en présence lors de l'offensive bulgare. Cette offensive, dont divers documents saisis sur des officiers prisonniers ont permis de préciser le caractère et d'établir les responsabilités, ne fut point une querelle ou un malentendu d'avant-postes. Une marche en avant générale avec le but précis de couper les communications entre les Serbes et les Grecs et de s'emparer de Salonique avait été parfaitement combinée et ordonnée par le commandement bulgare. Le roi Ferdinand et son président du Conseil, M. Danef, auraient, dit-on, tout ignoré des opérations projetées. Ils ont relevé de ses fonctions le généralissime Savof qu'ils ont remplacé par le général Radko Dimitrief et ils ont fait, mais trop tard, un réel effort pour arrêter les hostilités engagées.

La carte détaillée que nous publions aujourd'hui, avec des grisés limitant les régions où les adversaires sont aux prises, permettra, surtout si on la compare à la carte indiquant, dans notre dernier numéro, la position respective des armées opposées, de se rendre compte de l'importance, du caractère et de l'orientation des dernières opérations que nous préciserons rapidement d'après les télégrammes jusqu'ici parvenus et en attendant les récits plus complets et précis de nos correspondants de guerre.

Du côté serbe.--L'offensive bulgare du 30 juin avait donné les résultats suivants:

La deuxième armée bulgare du Nord (général Koutintchef), passant sur la rive droite de la Zletovska, avait occupé les positions de Zletovo, de Dreveno, de Neogasi, chassant d'Istip et du confluent de la Bregalnitza les Serbes qui, avant l'offensive, occupaient ces positions avec les Bulgares.

D'autre part, l'aile gauche de Koutintchef ayant reçu des renforts de l'armée bulgare du Sud (général Ivanof) avait pu s'emparer de Krivolak et rejeter les Serbes sur la rive droite du Vardar.

Les Serbes, d'abord, avaient fléchi sous le choc. Mais les importants renforts qui leur furent envoyés d'urgence de Kumanovo et d'Uskub leur ont permis de se redresser et de prendre à leur tour l'offensive. Après avoir repoussé les Bulgares sur la rive gauche de la Zletovska, l'aile gauche serbe, dans une manoeuvre enveloppante, s'est emparée des deux hauteurs de Retka-Boukva et de Sultan-Tepe, tournant ainsi l'aile droite bulgare. La marche en avant s'est continuée par la prise des deux positions de Raitchevo et de Banja, qui commandent la ville de Kotchana, et par la prise de Kotchana elle-même, que durent évacuer les Bulgares, refoulés dès lors entre la rive gauche de la Bregalnitza et les pentes nord des monts Platchkovitza. Pendant ce temps, l'aile droite serbe opérant contre l'aile gauche de Koutintchef s'emparait de Krivolak et d'Istip, rejetant les forces qui lui étaient opposées sur les pentes ouest des monts Platchkovitza.

Du côté grec.--En même temps que l'armée du général Koutintchef au nord avait agi contre les Serbes, l'armée du général Ivanof au sud progressait contre les Grecs. Une partie des forces du général Ivanof, marchant sur Salonique, s'était avancée jusqu'à Baldja, à 25 kilomètres au nord de la ville, tandis qu'une division s'emparait de l'importante position de Guevgheli, point de jonction des Serbes et des Grecs, et de la voie ferrée de Karasuli à Kilindir.

D'autre part, tout à fait au sud, l'extrême aile gauche bulgare chassait les Grecs des pentes sud du Panghaïon, leur faisait repasser la Strouma et s'emparait de Nigrita. L'offensive bulgare ne devait pas aller plus avant.

Rappelé d'urgence à Salonique menacée, et où, dès les premières nouvelles des engagements d'avant-postes, le bataillon bulgare avait été capturé par les Grecs après une lutte dont nos gravures d'aujourd'hui prouvent l'acharnement, le roi Constantin marchait déjà à la tête de toutes ses troupes disponibles contre les Bulgares et les repoussait, d'étape en étape, à Sarigol, à Kilkitch, à Irikli. Son armée, continuant sa marche en avant, reprend le tronçon de chemin de fer de Karasuli à Kilindir, bat les Bulgares à Tchidemli, rétablit, en s'emparant de Guevgheli, les communications avec les Serbes, puis occupe les importantes positions de Doïran et de Strumitza, rejetant l'adversaire sur les pentes sud du mont Platchkovitza, cependant que l'aile droite, refoulant devant elle l'extrême gauche bulgare, reprenait Nigrita et arrivait sous les murs de Sérès.

L'encerclement des Bulgares.--Il suit de ces opérations combinées des Serbes et des Grecs que l'armée du général Koutintchef et, en grande partie, l'armée du général Ivanof, se trouvent acculées, sans communications possibles, aux flancs des monts Platchkovitza, où les Serbes par le nord et l'ouest, et les Grecs par le sud tendent à les encercler.

L'occupation, par les Grecs, de Demirhissar a coupé la route de Sérès. Les ravitaillements sont devenus, pour l'une et l'autre armée bulgare, d'une extrême difficulté et le mouvement concentrique des Serbes et des Grecs, s'il réussissait, isolerait leur adversaire dans une position presque désespérée.

Les tentatives de pénétration en Serbie.--Il faut ajouter encore, pour résumer toutes les informations des télégrammes, que des tentatives de passage de troupes bulgares en territoire serbe ont été signalées au nord d'Egri-Palanka, ainsi que dans les environs de Tzaribrod sur la ligne de Nich, à Saint-Nicolas, et, plus au nord encore, à Zaïtchar. Ces reconnaissances paraissent avoir été partout refoulées par les Serbes. De ce côté, les informations sont confuses, mais il semble bien que les Bulgares là encore ont été fort éprouvés.

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